Pour un jeu d'écriture, ma version du conte du Joueur de flûte de Hamelin...
Bande de cons. Ils vont me faire perdre mon pari, ces faces de carême hypocrites. Et l’autre mouflon méphistophélique qui me nargue et se paie ma fiole en les regardant marchander avec le joueur de fluteau. Je leur ferais bien passer le goût de la chansonnette, moi.
Sérieusement, ils ne damneraient pas leurs âmes pour quelques ducats...? Ils ne risqueraient pas les vies de leurs enfançons pour de la ferraille. Ils ne peuvent pas.
Hamelin, ma bonne ville, en ces temps troublés je n’ai plus guère d’endroit où me réfugier, tu ne peux pas me faire ça. L’église est riche et belle, le peuple est pieux, il jeûne, il prie, il se confesse, il est chrétien, enfin. Il va se ressaisir et payer son dû au bateleur.
N’est ce pas ?
J’entends d’ici le diable d’homme menacer la populace bornée de noyer ses fils comme il a noyé la vermine dont il a débarrassé la bourgade. La peste soit de l’avarice. Je tourne en rond, je rage, je vitupère. Le sacro saint libre arbitre accordé à la race humaine m’interdit d’intervenir. De plus j’ai parié, ce serait tricher.
Il faut garder la foi.
J’attends donc.
J'attends trop.
C’est fini.
Je les ai vus mourir. Tous, ils se sont enfoncés dans l’eau glacée du fleuve. Ils ont crevé comme des rats, sous les yeux de leurs parents impuissants et stupides.
J’aurais voulu accompagner chacun d’entre eux. J’aurais voulu adoucir leur trépas. J'ai tendu vers eux une main miséricordieuse mais je me suis heurté à des corps vides. Le bateleur avait déjà prélevé leurs âmes.
Jamais je n’aurais cru perdre ce pari là. Décidément, en pièces ou en ducats, l’argent ne me vaut rien. Je règlerai ma dette au cornu avant de rejoindre mon Père pour lui rendre les clefs de la baraque. Je quitte la ville sans regret. Je laisse derrière moi la somptueuse cathédrale de Hamelin, ses vitraux précieux, ses candélabres d’or massif, ses reliques inestimables, sa croix sertie de diamants où je me vois agoniser pour racheter les péchés des hommes. Au diable tout cela. La maison de Dieu n’est qu’une vaste fumisterie. Je n’ai plus ma place ici.

15 commentaires:
Texte beaucoup plus noir en effet que "Guerre des gangs", celui que j'aurais pensé émanant de toi, mais tu n'avais pas participé.
Il me fait penser un peu, pour pas dire beaucoup à une chanson de Michel SARDOU "L'An MIL" et la colère du Dies Irae.
A part le Petit Chaperon Rouge, la plupart des contes ne m'inspirent que noirceur.
Pourtant, j'adore les contes et j'espère ne jamais m'en lasser.
Et pas le Chaperon rouge? Je dois être dérangée, c'est c'ui là qui m'inspire les pires horreurs (bon, j'dois être influencée par Ana Dess...)
Je le redis : très joli texte :)
Lunatik, en y regardant de très très près, tous les contes pour enfants sont noirs, que ce soit ceux des frères Grimm, de Charles Perrault, d'Andersen tout autant que ces superbes dessins animés de Walt Disney.
Je partage également l'avis de Chrysopale en ce qui concerne "Le petit Chaperon Rouge", où je n'ose pas penser que tu n'as pas tout compris ! Relis-le, à tête reposée, c'est effarant !
C'qui a de génial dans les contes, c'est qu'il y a plusieurs niveaux de lecture, donc à n'importe quel âge, c'est agréable à lire... je m'en lasse pas non plus perso...
Ouaip, et la version "jeu d'Ana Dess", c'est une tuerie (en gros, là, c'est le chaperon qu'est méchant et faut sauver le loup de ce monstre)
Je me suis mal fait comprendre: le Petit Chaperon Rouge, comme pas mal de contes, est assez horrible mais il ne m'inspire rien de sombre.
J'aime bien me faire ma version perso des contes et en général j'imagine pire que l'original.
Sauf pour celui là, que j'aime particulièrement et que je clos toujours sur une happy end (enfin ça dépend du point de vue... la fin n'est pas heureuse pour tout le monde)
Pour qui qu'elle est pas heureuse la fin dans ta version perso?
Ca serait chouette ça, un recueil de contes revisités par Luna...
Oui, bien évidemment, je suppose que nous avions bien compris toutes les deux le sens que tu avais donné à ce conte et il n'empêche qu'il en demeure par ailleurs l'un des plus fascinants !
Il m'en reste pas moins que de tout cela, même si tous les dessins de Disney ne sont pas tristes, qu'aussi que le cursus de "Bambi" bien avant de m'avoir fascinée, m'a faite surtout aussi beaucoup pleurer !
@ Chryso : ben je te dis pas sinon si tu lis l'histoire un jour t'auras plus la surprise.
@ Chloé : rhâââ me parle pas de Bambi qui a été ma première sortie ciné étant gamin et que j'ai chialé comme un veau dès les deux premières minutes du film et que tout le monde râlait : "Mais faites le taire, ce môme!"
Eh ben Merdum alors ! Qui oserait penser, qu'à part Finnou et moi, tu en oublierais d'être sensible ?
Surtout, tu commences un peu à nous connaître tous les deux, n'y vois vraiment rien là de malsain, ni de moquerie, bien au contraire ... juste une touche d'affection !
Merdum, c'est tout à fait ce qu'on dû penser les autres spectateurs qui ont du se taper la version bambiesque avec sanglots déchirants tout du long...
J'en profite pour leur présenter mes plus plates excuses.
Amen.
C'est qu'il a des émotions ! (taquinerie hein)
Zut... pour le coup, Luna qui pleure, j'aurais voulu voir ça (bon, j'dis rien, j'ai déjà chialé devant des films... dont Bambi je pense)
Ouais enfin bon, j'avais six ans, hein, c'est normal.
On n'a pas idée de faire un dessin animé pour les gosses qui débute par la mort de la maman...
Un ancien conte que je n'avais pas lu, la noirceur lui va bien.
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