Pour un jeu d'écriture, ma version du conte du Joueur de flûte de Hamelin...
Bande de cons. Ils vont me faire perdre mon pari, ces faces de carême hypocrites. Et l’autre mouflon méphistophélique qui me nargue et se paie ma fiole en les regardant marchander avec le joueur de fluteau. Je leur ferais bien passer le goût de la chansonnette, moi.
Sérieusement, ils ne damneraient pas leurs âmes pour quelques ducats...? Ils ne risqueraient pas les vies de leurs enfançons pour de la ferraille. Ils ne peuvent pas.
Hamelin, ma bonne ville, en ces temps troublés je n’ai plus guère d’endroit où me réfugier, tu ne peux pas me faire ça. L’église est riche et belle, le peuple est pieux, il jeûne, il prie, il se confesse, il est chrétien, enfin. Il va se ressaisir et payer son dû au bateleur.
N’est ce pas ?
J’entends d’ici le diable d’homme menacer la populace bornée de noyer ses fils comme il a noyé la vermine dont il a débarrassé la bourgade. La peste soit de l’avarice. Je tourne en rond, je rage, je vitupère. Le sacro saint libre arbitre accordé à la race humaine m’interdit d’intervenir. De plus j’ai parié, ce serait tricher.
Il faut garder la foi.
J’attends donc.
J'attends trop.
C’est fini.
Je les ai vus mourir. Tous, ils se sont enfoncés dans l’eau glacée du fleuve. Ils ont crevé comme des rats, sous les yeux de leurs parents impuissants et stupides.
J’aurais voulu accompagner chacun d’entre eux. J’aurais voulu adoucir leur trépas. J'ai tendu vers eux une main miséricordieuse mais je me suis heurté à des corps vides. Le bateleur avait déjà prélevé leurs âmes.
Jamais je n’aurais cru perdre ce pari là. Décidément, en pièces ou en ducats, l’argent ne me vaut rien. Je règlerai ma dette au cornu avant de rejoindre mon Père pour lui rendre les clefs de la baraque. Je quitte la ville sans regret. Je laisse derrière moi la somptueuse cathédrale de Hamelin, ses vitraux précieux, ses candélabres d’or massif, ses reliques inestimables, sa croix sertie de diamants où je me vois agoniser pour racheter les péchés des hommes. Au diable tout cela. La maison de Dieu n’est qu’une vaste fumisterie. Je n’ai plus ma place ici.

