Bestiau mal luné, je passe mes humeurs en racontant des histoires qui pataugent en eaux troubles entre dérision, tendresse et vénénosité. Ce blog est mon laboratoire, mon terrain de jeux, avec du bon et du pire. Le meilleur est dans TOUS CROCS DEHORS paru aux Editions Quadrature.

Un mouchoir pour Madagascar II

J’aimerais pouvoir dire que nous avons flâné d’un quartier à l’autre, prenant plaisir au pittoresque du marché couvert et des pousse-pousse bariolés mais à la vérité nous étions perdus. Déboussolés. Seuls blancs au milieu d’une marée noire et haillonneuse dont nous ignorions tout, nous avancions au hasard des rues fangeuses, hésitants, sollicités de toutes parts. Guides, taxis, revendeurs, pousse-men, mendiants, le grouillement était continu et chaque pas prétexte à rencontre. Les émanations de gasoil trafiqué mariées au fumet des égouts à ciel ouvert me soulevaient le cœur. Je virais au verdâtre et Maggie ne valait pas mieux. Nous finîmes par regagner le bitume rassurant de l’artère principale pour nous engouffrer dans un restaurant tenu par deux chinois obèses. Ils nous servirent des spaghettis bolognaises et du café sans quitter des yeux une rediffusion grésillante - ou un piètre enregistrement - de Un gars une fille au jardin.
Quand Chouchou, Loulou et leurs bulbes récalcitrants laissèrent place à un best of de C’est mon choix, Maggie alluma une cigarette : Encore trois heures de route et à nous le paradis, mon biquet. Plage déserte et hôtel tout confort.
Je hochai la tête en songeant à la Tunisie. Ah le Club Soleil et ses quatre étoiles, son court de tennis, son aquagym, son golf, son tir à l’arc, ses chaînes câblées et son adsl. Le tout pour 319€ par semaine, vol et demie pension compris.
Nous reprîmes la route.

Trois jours plus tard, j’avais déjà mes habitudes au paradis version Maggie, le cul dans le sable blanc dès dix heures, après la pluie matinale, un cocktail à la main et les yeux dans le vague. J’avais déjà visité deux fois la réserve – époustouflante, taquiné les lémuriens et pataugé dans le lac. Je calculai que je m’emmerdais à mourir depuis approximativement une petite soixantaine d’heures. Les malgaches semblaient éviter les lieux et nous étions les seuls touristes, si l’on exceptait deux allemands avinés qui passaient leur temps à reluquer Maggie depuis leur terrasse. Elle se faisait dorer consciencieusement d’un côté puis de l’autre, d’un côté puis de l’autre, d’un côté puis de l’autre et ça me tapait sur le système à la limite du bug.
Le cinquième jour, je lui fis remarquer qu’elle avait le dessous des seins pâlot : Ça bronze mal, sous les plis. Elle me jeta du sable au visage, je lui renversai mon verre sur le ventre.

En allant m’en commander un nouveau au bar, je croisai Lanto. Je ne l’avais pas revu depuis notre arrivée. Je lui offris à boire et nous échangeâmes quelques mots en sirotant notre punch coco les pieds dans l’eau. Il portait le même short rapiécé que lors de notre rencontre et son torse nu luisait comme s’il était huilé. J’appris qu’il habitait un village de bord de mer au nom imprononçable, à quelques kilomètres d’ici. Je contemplai, maussade, mes orteils enfoncés dans la vase légère du lac et j’eus envie de voir l’océan, les vagues, le mouvement.

La discussion s’embourbait, faute de mots, mais bientôt Etienne, le gérant de l’hôtel, se joignit à nous et servit d’interprète. C’était un homme vif et musculeux, à la peau chocolat noir, qui s’habillait en contrefaçon Calvin Klein et riait pour un rien. Sa compagnie était agréable, la conversation s’étira jusqu’au repas que nous prîmes sur la terrasse tandis que Maggie boudait dans notre bungalow devant une salade de papaye verte.


La suite ici...

10 commentaires:

Chrysopale a dit…

Et le pire, c'est qu'il faut lire tout le tas de commentaires inutiles pour pas louper que tu indiques avoir rallongé le texte... hihi.

Pardon. On est intenables, je sais.

Yunette a dit…

Pourquoi tu t'excuses ? il a dit que nos commentaires étaient, je cite "fort intéressants, distrayants et culturellement indispensables"...

Je connais la sortie... pousse pas, Luna...

Mis à part ça, à quand la suite ? (on pourrait y comprendre que j'ai apprécié le reste du texte... on pourrait ^^)

Nicole a dit…

"Différences suggestives"

Pour mon départ en retraite en 2003j'ai reçu, entre autres, deux enveloppes avec dans chacune un voyage de huit jours pour deux personnes (avion et hébergement compris) et trois excursions pour deux personnes.
Nous avons ainsi visité la Tunisie et quelques mois plus tard la Turquie et je comprends mieux les différences par rapport à un voyage ou l'on va soi-même à la découverte d'un pays. Nous n'avons eu droit qu'à voir que le côté beau et paradisiaque du pays et comme tu dis aussi le pittoresque, mais pas le moins beau, ce qui à mon sens "pipe un peu les dés" et donne un goût assez fade à l'aventure !

Lunatik a dit…

Yu : bon alors si on pourrait, tout va bien.
La suite ce week end et la fin début de semaine prochaine.

Nicole : suis parti une fois en voyage organisé, étant ado, l'avantage quand on a peu de temps c'est qu'on n'en perd pas.
Si c'est bien fait, c'est l'occasion de découvrir un peu le pays, par contre le contact avec les habitants est quasi nul (ou intéressé).
L'idéal, ce serait de faire la première semaine avec un guide, que tout soit bien planifié pour avoir le temps de s'acclimater et ensuite de se balader tout seul.

miyu a dit…

ms pourquoi tu n'envois pas tout d'un coup???!!!

Daniel a dit…

Bonjour.

Pour avoir eu le bonheur d'être allé à Madagascar avec ma femme il y a quelques années de cela, je peux dire à Maggie et à son mari (qui n'a pas de nom comme tous vos narrateurs il me semble) qu'ils ont été très privilégiés de ne pas avoir été obligés d'expérimenter le taxi-brousse, un moyen de locomotion inoubliable par son inconfort, son insécurité et sa lenteur.

Vous êtes très précis, je me suis remémoré beaucoup de souvenirs en vous lisant, vous me donnez envie d'y retourner.

Daniel.

Lunatik a dit…

@ Miyu : je vais essayer de trouver le temps d'illustrer avec une ou deux photos, pour te faire patienter...

@ Daniel : ah les joies du taxi brousse ! Inoubliable. On n'a pas vu Mada si on n'est pas restés tassés à 7 sur une banquette pour 3 dans un mini bus puant et poussif pendant une petite huitaine d'heures.
Et le véritable voyageur a déjà eu le bonheur, au moins une fois lors d'un de ces trajets, de se faire vomir dessus par un de ses voisins...

Chrysopale a dit…

C'est toi qui a vomi? ^^
(me semble que tu supportes mal les transports...)

Lunatik a dit…

Je ne m'abaisserai pas à répondre à cette question indiscrète et humiliante. Tsss.

Chrysopale a dit…

Je prends donc ça pour un oui...
:mrgreen:

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