Le lendemain matin, je me réveillai le nez sur les pieds de Lanto. Maggie, dans un accès de rancune puérile, m’ayant refusé l’accès à notre chambre après dîner, il m’avait offert de partager sa natte douillettement installée sur le ponton couvert. Au petit déjeuner, il me proposa une balade jusqu’à son village. Etienne m’expliqua que Ampanotoamaizina (quand je vous disais que c’était imprononçable…) n’était accessible qu’à pied, aucune route, aucune piste, ne le desservant. Quant au train qui passe à proximité, sachant qu’il met une quinzaine d’heures pour parcourir cent kilomètres et qu’il déraille chaque fois qu’un passager éternue, on hésite à s’y embarquer.
J’acceptai l’offre avec enthousiasme. L’inactivité me rendait chèvre et dormir à la belle étoile, avec le clapotis du lac contre les piliers du ponton, avait titillé ma fibre aventurière. Je passai sur la plage prévenir Maggie, qui profitait de mon absence pour parfaire son bronzage en s’étirant la poitrine vers le haut. Ses mamelons pointaient entre ses doigts bagués et les allemands n’en perdaient pas une miette. Elle sursauta à mon approche et ses seins, quand elle les lâcha, firent en retombant comme une vaguelette de gélatine. Ce n’était pas déplaisant en soi mais ses jérémiades quant à ma muflerie de la veille me firent décamper illico. J’empochai mon portable, un paquet de snickers, une gourde d’eau glacée et je rejoignis Lanto qui m’attendait en partageant une banane avec un sifaka particulièrement amical.
Il y avait trois heures de marche pour atteindre Ampanomachinchose mais il fallait en compter quatre pour un vazaha en bonne condition, selon Etienne. Le vazaha, c’est le blanc, l’étranger. Celui qui n’est pas foutu de crapahuter sous un soleil de plomb sans s’arrêter tous les quarts d’heure pour boire un coup ou retirer un caillou de sa sandale décathlon à 44€90. Celui qui rechigne à barboter dans un marigot puant, qui hésite à s’aventurer sur un pont vacillant de bric et de broc se délestant d’une nouvelle planche à chaque traversée. Celui qui s’émerveille devant les grevillea qui poussent comme du chiendent sur les zones déboisées et dont les magnifiques fleurs blanches sécrètent un jus sucré à la douceur du miel. Celui qui ignore que le rouge est fady – interdit – sur le canal et qui doit laisser sur la berge la ceinture de son froc avant de traverser. Celui qui pète d’angoisse au moindre frémissement à la surface de l’eau parce qu’il se souvient parfaitement que son guide du routard classe les Pangalanes zone crocodilienne.
Notre arrivée au village fut remarquée. La plupart des enfants n’avaient jamais vu de blanc de leur vie et les moins téméraires couraient se réfugier dans les jambes de leurs mères qui me souriaient timidement. Les autres, fanfaronnant, me lançaient de joyeux Salut vazaha ! tout en restant à distance prudente. Je répondais en agitant la main, bafouillant un Salama ! que j’espérais compréhensible. Les adultes me saluaient d’un Bonjour vazaha ! plus réservé mais tout sourire. La chaleur de l’accueil m’intimida. Je me demandai soudain ce que je foutais à l’hôtel, coincé entre deux allemands libidineux et une épouse acariâtre.
Lanto m’entraîna vers l’une des minuscules habitations bâtie en ravinala, l’arbre du voyageur, emblème de Madagascar. Une belle femme encore jeune aux traits marqués était accroupie sur le seuil, épouillant un petit garçon qui détala à mon approche. Lanto fit les présentations et je crus comprendre qu’elle était sa mère.
Elle prépara à notre intention une salade de tomates, nous servit une platée de riz qui devait me caler l’estomac jusqu’à mon retour en France et versa dans nos tasses le fameux ranovola que je n’avais pas encore le bonheur de connaître. Il s’agit de la boisson la plus répandue du pays. Prenez du riz, mettez le à cuire, vaquez à vos occupations, oubliez le un peu et à votre retour vous aurez une gamelle avec trois centimètres de riz cramé au fond. Faites y bouillir de l’eau pour bien détacher le brûlé et servez la au repas. Si si ! Le malgache en raffole. Le vazaha nettement moins. C’est assez révulsant. Mais je suis un homme poli, avec du savoir vivre et quand une gentille femme me sert, je bois. D’autant qu’en pleine brousse, c’est la seule boisson à disposition. Libre à vous de siroter de l’eau non bouillie mais c’est vous garantir une turista dont vos sphincters se souviendront jusqu’à leur dernier souffle.
Mon séjour au village dura plus longtemps que prévu. Lanto et sa mère, Edmée, m’offrirent l’hospitalité et j’envoyai chaque soir un texto à Maggie, retardant mon retour. Elle cessa de me répondre le deuxième jour.
La suite et fin bientôt...

10 commentaires:
Même si je ne commente pas aussi assidûment que certaines de tes aficionadas, j'attends la suite et (malheureusement) fin avec impatience. Nous réservera-t-elle une chute inattendue ?
Ah Luna, les joies de l'aventure et ses désagréments. C'est vrai que boire l'eau qui a cuit du riz est une bonne parade contre les tuyauteries stomacales plus ou moins foireuses.
Lal, tout comme vous, je ne suis pas pressée de lire la fin et j'ose penser que la griserie de ce beau voyage fera encore tache d'encre indélébile dans son esprit pour un pur plaisir de lecture et qu'il n'est pas tout à fait prêt de lever l'ancre.
N.B. mon mot de passe pour envoyer ce post est "exils", j'ai trouvé ça assez marrant !
Lal, une chute inattendue, je n'en sais rien, vu que je ne sais pas à quoi tu t'attends...
Mais c'est pas une histoire avec une grande claque à la fin, si c'est ce que tu veux savoir.
D'ailleurs, après l'avoir lue, on m'a demandé plusieurs fois si il y aurait une suite... au début, je répondais que non mais finalement, en y réfléchissant, vu que j'ai d'autres histoires sur Mada en tête (bien vu, Nicole), je vais peut être garder ce narrateur là.
Ps Nicole : ce n'est pas l'eau de cuisson à proprement parler, c'est de l'eau qu'on rajoute dans la gamelle après avoir vidé le riz. On la fait bouillir avec le reste de riz cramé au fond. Ça a un goût d'eau brûlée, assez difficile à imaginer tant qu'on n'a pas goûté.
Luna, je ne vais peut-être pas goûter tout de suite, j'avais expérimenté le chocolat chaud au fromage fondu pour me faire une idée, faut aimer ! je vais donc attendre un peu pour tester tes "douces folies culinaires" concernant le riz !
J'ai préféré quand-même, et de loin, tes "crudités et carottes rapées".
C'est demain la suite ? ^^
Outch Nicole, j'avais oublié avoir avoué un jour ce penchant pervers pour l'emmental dans le bol de chocolat du matin...
Presque demain, Yu ;)
Ah cette sacrée mémoire ! Luna, c'est un truc bizarre, c'est comme un refrain, ça s'en va ... et ça revient ... La mémoire, c'est une identité à elle seule !
Ben pour l'eau de riz j'avais bien aimé, enfin j'avais goûté une fois où le riz était pas trop cramé ceci explique peut être cela.
Je ne suis pas d'un naturel exigent mais bon... La suite !
(Je voudrais savoir si l'acariatre finit par se faire libidiner par les teutons...)
(Je plaisante...)
(Quoi que...)
Musa, tu n'y as goûté qu'une fois ?
Veinarde...
Jeffw, je n'avais pas envisagé que la rombière se fasse titiller les tétons par les teutons mais je garde l'idée sous le coude, pour le cas où il y aurait une suite après la fin.
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