Il est beau, mon homme. Il s’ébroue en sortant de la douche et je profite du spectacle. Après douze ans de vie commune, je ne m’en lasse toujours pas. Il a le corps musculeux et les épaules dorées par le soleil, des taches de son sur le torse, un cul rond et blanc comme la lune ce soir dans le ciel d’été, à croquer, à hurler aux étoiles.
Il est beau, mon homme, mais moi je suis moche. J’ai les cheveux en bataille, le teint olivâtre, la peau grêlée, la mise débraillée. Je peux prendre trois douches par jour et me saper avec des fringues à huit cents dollars, rien n’y fait, j’ai toujours l’air de m’être tapé le Paris Dakar à dos de chèvre avec un flingue entre les dents. Lui, il dit que j’ai la beauté du diable, que c’est précisément mon sang gitan et mes allures de racaille androgyne qui lui plaisent.
Quand il me prend la main dans la rue, tout le monde nous regarde. Ça me gêne. Je me sens comme le crapaud sur le gâteau de mariage de la princesse. Je sais que ça n’a rien à voir, que ce n’est pas pour ça qu’on nous dévisage. N’empêche, je vois bien que je fais tache avec mes pustules sur la pièce montée.
Il est beau, mon homme, mais il me faut plus qu’un corps d’éphèbe pour me liquéfier d’amour. En vérité, humaniste engagé, érudit, amant passionné, il a tous les talents, et puis il me fait rire. Aujourd’hui pourtant, je reste imperméable à ses tentatives de distraction, à ses velléités de séduction. J’en ai marre, ras la bonbonnière. Je veux que ça change.
Je veux que le rôti dominical chez belle maman soit égayé par les mouflets qui jouent au ballon dans le salon les jours de pluie et tant pis pour le vase ming sur le guéridon. Je veux de la vie dans notre chaumière, des sucettes collées entre les coussins du canapé, des légos qui bousillent la machine à laver, des nuits blanches pour une bronchite, des traces de vélo dans la cuisine. Je veux des gosses.
Présenté comme ça, ça parait simple. Légitime. Seulement voilà. Faire un môme, c’est comme faire la vidange de sa bagnole. Si vous savez comment procéder et que vous avez ce qu’il faut, ça ne coute rien. On prend le temps un dimanche matin, on y met de l’huile de coude, de la bonne volonté et c’est réglé. Mais si vous n’êtes pas équipé, qu’il vous manque la clef à sangle ou le savoir faire, vous êtes tributaire du premier garagiste venu, avec ses mains pleines de cambouis, ses préjugés épais comme ses biceps joliment tatoués et ses tarifs exorbitants. Je parle du garagiste dans le cas de la vidange mais concernant le gamin, dans le cadre de l’adoption, vous aurez plus probablement affaire au juge, à l’AFA, à l’ASE ou à l’OAA, tous ces organismes aux initiales qui ne valent pas un pet de lapin au scrabble.
Il est beau, mon homme, mais il baisse les bras trop facilement. Malgré toutes les conditions remplies et toute notre tendresse à partager, l’Aide Sociale à l’Enfance nous a encore refusé l’agrément, sous un prétexte bidon. « Pas de bambin pour vous, vade retro, orientez vous plutôt vers la SPA. » Je m’en vais te les secouer, moi, les vieux birbes des services sociaux de la France profonde, je m’en vais te la saisir à bras le corps, cette Cour Européenne des Droits de l’Homme. Parce que mon homme, il a tout pour être un bon père. Et moi aussi, au fond, même si je ne suis pas beau.
Il est beau, mon homme, mais moi je suis moche. J’ai les cheveux en bataille, le teint olivâtre, la peau grêlée, la mise débraillée. Je peux prendre trois douches par jour et me saper avec des fringues à huit cents dollars, rien n’y fait, j’ai toujours l’air de m’être tapé le Paris Dakar à dos de chèvre avec un flingue entre les dents. Lui, il dit que j’ai la beauté du diable, que c’est précisément mon sang gitan et mes allures de racaille androgyne qui lui plaisent.
Quand il me prend la main dans la rue, tout le monde nous regarde. Ça me gêne. Je me sens comme le crapaud sur le gâteau de mariage de la princesse. Je sais que ça n’a rien à voir, que ce n’est pas pour ça qu’on nous dévisage. N’empêche, je vois bien que je fais tache avec mes pustules sur la pièce montée.
Il est beau, mon homme, mais il me faut plus qu’un corps d’éphèbe pour me liquéfier d’amour. En vérité, humaniste engagé, érudit, amant passionné, il a tous les talents, et puis il me fait rire. Aujourd’hui pourtant, je reste imperméable à ses tentatives de distraction, à ses velléités de séduction. J’en ai marre, ras la bonbonnière. Je veux que ça change.
Je veux que le rôti dominical chez belle maman soit égayé par les mouflets qui jouent au ballon dans le salon les jours de pluie et tant pis pour le vase ming sur le guéridon. Je veux de la vie dans notre chaumière, des sucettes collées entre les coussins du canapé, des légos qui bousillent la machine à laver, des nuits blanches pour une bronchite, des traces de vélo dans la cuisine. Je veux des gosses.
Présenté comme ça, ça parait simple. Légitime. Seulement voilà. Faire un môme, c’est comme faire la vidange de sa bagnole. Si vous savez comment procéder et que vous avez ce qu’il faut, ça ne coute rien. On prend le temps un dimanche matin, on y met de l’huile de coude, de la bonne volonté et c’est réglé. Mais si vous n’êtes pas équipé, qu’il vous manque la clef à sangle ou le savoir faire, vous êtes tributaire du premier garagiste venu, avec ses mains pleines de cambouis, ses préjugés épais comme ses biceps joliment tatoués et ses tarifs exorbitants. Je parle du garagiste dans le cas de la vidange mais concernant le gamin, dans le cadre de l’adoption, vous aurez plus probablement affaire au juge, à l’AFA, à l’ASE ou à l’OAA, tous ces organismes aux initiales qui ne valent pas un pet de lapin au scrabble.
Il est beau, mon homme, mais il baisse les bras trop facilement. Malgré toutes les conditions remplies et toute notre tendresse à partager, l’Aide Sociale à l’Enfance nous a encore refusé l’agrément, sous un prétexte bidon. « Pas de bambin pour vous, vade retro, orientez vous plutôt vers la SPA. » Je m’en vais te les secouer, moi, les vieux birbes des services sociaux de la France profonde, je m’en vais te la saisir à bras le corps, cette Cour Européenne des Droits de l’Homme. Parce que mon homme, il a tout pour être un bon père. Et moi aussi, au fond, même si je ne suis pas beau.

9 commentaires:
J'avais beaucoup aimé ce texte qui m'aais fait sourire et pour sa chute que je n'avais point vue venir. De prime abord, si je faisais partie de ce forum, j'aurais voté pour, mais je ne te l'aurait pas attribué, comme quoi, tu me surprends encore ! Mon préféré allait à "invincible", j'avais bien aimé aussi "wolf parade" et "ballade au clair de lune".
Un ton léger pour un sujet pas très gay. Les paraphrases made in Lunatik.
Et le style désormais célèbre "moi, je m'en fous, hein, mais ça va chier quand même", qui ne vous prépare jamais à la chute.
Ça, c'est de la rébellion Lunesque.
J'ai souvent pensé "Luna, c'est l'art de la chute".
Aujourd'hui, je l'écris et j'ajoute : "qui élève"
@ Chloé : Wolf Parade m'a beaucoup plu aussi. Moi qui suis fan de loups-garous...
@ Casimir : évidemment, j'ai été obligé de chercher la définition de paraphrase mais à part ça, le com' m'a fait plaisir.
@ Sonic : toi, tu as l'art du compliment bien tourné ;)
Ce ne sont pas à proprement parler des paraphrases. C’est pour ça que j’ai mis made in Lunatik.
Je pense à la façon de commencer les paragraphes par le même thème en l'incurvant et en le resserrant, peu à peu, vers la chute, à la façon d’une spirale. Du grand art.
Je ne l'aurais pas si bien dit...
Et t'as été pas loin d'être dans mon vote (mais bon, suis pas stricte sur les HS, mais j'avoue que la pleine lune là, j'ai eu du mal...)
Bah... du Luna... Mon coup de coeur !
Rien à dire de plus ;)
Bravo Lunatik!
Ben quoi, Chryso, elle te plait pas ma pleine lune ?? Une belle pleine lune comme ça... t'es quand même bien difficile, hein.
Avoue.
@ Yu : un coup de coeur en forme de coup de cul ^^ ?
... et merci Mêo, reine de la vidéo pelucho-canine .
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