Bestiau mal luné, je passe mes humeurs en racontant des histoires qui pataugent en eaux troubles entre dérision, tendresse et vénénosité. Ce blog est mon laboratoire, mon terrain de jeux, avec du bon et du pire. Le meilleur est dans TOUS CROCS DEHORS paru aux Editions Quadrature.

Comme un parfum d'échec


La vraie vacherie, avec le Destop, c’est que ça sent fort. Pour les actions discrètes, c’est loin d’être idéal. Il faut dire qu’en plus, j’avais eu la main lourde. Je m’aperçus rapidement que le mélange n’était pas des plus judicieux, sa viscosité risquant de me trahir aussi sûrement que son odeur. Mais comme disait ma mère : quand le vin est tiré, il faut le boire.

Pour l’heure, agrippé au pommeau de ma selle, essayant de soulager mon fessier meurtri par une trop longue chevauchée, je gardais les yeux clos et me laissais bercer au rythme tranquille de ma monture. Je tentais de calquer ma respiration chaotique sur celle, lente et régulière, de mon cheval. Je comptais atteindre le Montana avant la nuit.

Un grognement me fit émerger de ma torpeur. J’ouvris grand mes petits yeux fatigués et distinguai face à moi une silhouette bestiale, menaçante comme il se doit :
—  Alors, ça vient ? gronda-t-elle.
Je secouai la tête, penaud. Elle renâcla bruyamment, son souffle aviné  balayant mes boucles brunes. Puis la lumière s’éteignit, la porte se referma et la mélopée d'un pas vacillant s’estompa dans les brumes éthyliques.

Une constitution robuste et une imagination féconde sont indispensables à la survie en milieu hostile. C’est le constat que j’avais établi, enfant, le cul vissé sur les chiottes durant d’interminables heures, les mains crispées sur la faïence qui me sciait les cuisses. Cette posture me mettait le trou de balle en chou-fleur mais ne m’incitait pas pour autant à évacuer plus prestement mon maigre bol fécal. Constipé chronique, qu’y pouvais-je, grands dieux ?

J’étais appliqué à pousser tant et plus quand j’entendis vociférer. Des blasphèmes, une bouteille qu'on fracasse et ma mère bramant mon nom me confirmèrent que les effluves de Destop étaient bien plus puissants que les arômes du picrate dont elle se tapissait le gosier à longueur de jour. À la vigueur de ses hurlements, je déduisis qu’elle avait flairé la menace juste avant de s’envoyer une lampée de vinasse améliorée derrière la cravate.
Encore raté. Seconde tentative de matricide en moins d’un mois, ça allait barder pour mon matricule. Déjà, j'entendais la bête approcher en feulant.

Je refermai les yeux et tentai de retrouver le bruissement apaisant du souffle de mon cheval. Le Montana était encore loin…


18 commentaires:

Castor tillon a dit…

La marâtre n'est pas passée loin du détartrage intégral, çui qui fait des trous dans les caleçons.

Si c'était pas aussi serre-coeur, je prendrais le parti d'en rire.
Probablement parce que ce n'est pas moi, cet enfant qui galope dans les chiottes en luttant pour sa survie.

Très beau texte, bravo.

Chloé a dit…

Luna, Comme dirait Finnou, un brin un brin , non pas au niveau des tuyauteries, et je comprends aisément que cela ne fut pas facile et ton texte m'a fait sourire, tout en me disant que l'on pouvait faire passer "une constipation" même chronique, par d'autres moyens. A ce propos, il me vient à cette lecture, une anecdote d'un collègue de boulot qui m'a raconté, parce que l'on s'entendait bien, surtout aussi car, me connaissant, "il avait osé", et avec qui, "parce qu'il avait besoin et me le demandait, je parlais beaucoup". Son épouse a eu un jour la fumante idée de déboucher les toilettes avec du "Destop" pour "faire passer un jouet que ses gamins, à elle, avaient mis à l'intérieur des toilettes et mon collègue s'est retrouvé à l'hôpital avec ses bijoux de famille quelque peu abîmés. Ils ont eu heureusement depuis, ensemble un enfant, mais mon collègue s'est fait beaucoup de soucis à ce moment là et a vraiment eu, en ce qui le concerne, très peur !

Luna, comme quoi, ton texte peut faire, à la fois sourire, mais aussi et surtout, sous une autre forme, amener à se poser des questions sur la notion de propreté !

Chloé a dit…

Désolée Luna, à force de me relire, j'en oublie des mots "ou j'en change sans contrôler par la suite). Je voulais dire : Comme dirait Finnou "un brin caustique, un brin cynique". J'en suis sincèrement d'autant plus navrée, que j'essaie, mais sans jamais pouvoir faire un texte correct, sans fautes et pourtant je fais pour le mieux. Je viens enfin de comprendre, car mes yeux, je le conçois aisément vu l'âge, me jouent des tours, l'opportunité au niveau du zoom, c'est tout dire !

J'ose et j'espère qu'au moins, au fil du temps qui court, je te conserverai toujours présent dans ma mémoire !

Lunatik a dit…

@ Castor : peut être qu'au prochain épisode je ferai claboter la mégère dans d'atroces souffrances. Histoire de venger tous les mômes qui ont jolly jumpé sur les chiottes ou cherché l'arche perdue au fond d'un cagibi.
Ce ne serait qu'un juste retour des choses.

@ Chloé : quand j'étais gamin, en classe, on faisait des sortes d'auto dictées. On avait une dizaine de minutes pour étudier un texte donné. Ensuite, on nous distribuait des polycopiés sur lesquels ce même texte figurait mais avec de grands trous. Il y manquait des mots, des expressions, parfois des pans entiers de phrases. A nous de le reconstituer (sans fautes, évidemment)
Aussi, ne change rien : lire tes posts me rappelle ma jeunesse ;)

ID45 a dit…

Qu'est-ce-que c'était la première tentative, tu nous le dis? Si en plus tu as l'intention d'écrire un épisode dans lequel la mère décède, tu pourrais pratiquement te lancer dans la rédaction d'une saga.

Chrysopale a dit…

Pas sûre d'avoir tout compris, mais c'est habituel avec tes textes...

J'veux bien avoir les autres tentatives aussi, ainsi que la réussie, juste pour voir...

Castor tillon a dit…

Ben c'est clair : un môme maltraité, condamné à rester des heures aux chiottes, et s'évadant en rêve comme il peut, en associant la douleur humiliante de la position à une autre, plus noble, celle de la chevauchée dans les grands espaces.

Castor tillon a dit…

@ Lunatik : Clabote, la mégère, clabote !

C'est peut-être pas charitable, mais avec la plume, c'est permis.

Donc, tu lui fais chatouiller la plante des pieds avec une plume, et la fais défuncter dans des abîmes d'épouvante rigolative.

Ça épongera peut-être à la vraie mégère une (petite) partie de son karma, et tu auras ainsi accompli une action parfumée.

Lunatik a dit…

@ ID45 (en voilà un drôle de pseudo) : j'ai matière pour une saga, oui. J'y songe.

@ Chryso : comment ça tu piges jamais rien à mes textes ??

@ Castor : merci pour l'explication, je n'aurais pas fait mieux.
Et puisque visiblement chuis absous d'avance, elle va prendre cher la marâtre.

Chloé a dit…

Luna, ta réponse m'a amusée. Perso, je pense qu'Aloïs me fait du gringue d'une façon effrontée et persistante. Je vais avoir du mal, je crois, pour l'éconduire.

Chrysopale a dit…

Soyons clairs : à aucun moment je n'ai dit que je ne comprenais jamais tes textes.

Ce que je voulais dire (et je me suis peut-être mal exprimée...), c'est qu'il y a toujours un "flou" dans ton texte qui fait que je ne suis pas toujours sûre de comprendre. Là par exemple, j'ai dû relire une fois ou deux.
Faut avouer aussi que je ne connaissais pas la punition d'enfermer un gamin dans les chiottes pendant des heures, ça n'aide pas si on a pas les mêmes références...

Lunatik a dit…

Nan mais euh... je déconnais, hein.
Et puis, c'est normal de ne pas l'avoir capté dès la première lecture, il a été écrit pour être lu deux fois, comme celui de la banderille.

Chrysopale a dit…

Moi aussi je plaisantais ;-)

Et bon, en fait je peux pas m'empêcher de me sentir idiote quand je comprends pas comme il faut un texte et que je dois relire... mais c'est rien, j'aime bien ça aussi (relire! pas me sentir idiote).
Mais j'suis pas capable de faire ça en tout cas... enfin, je pense pas. Toi, t'y arrive très bien, c'est génial ces textes qu'on comprend pas, puis qu'on croit comprendre, et puis qu'on relit et qu'on comprend.

Enfin, je me comprends...

(je vais me coucher, oui, non, j'ai pas de fièvre, enfin, je pense pas)

Castor tillon a dit…

Bonne nuit, ma Chryso.
Prends un demi-litre de phénergan en perfusion, et va te coucher sereinement, non sans avoir réduit en nano-fragments le poster de notre admin qui orne le mur en face de ton lit.
Lunatik est comme Yunette.

C'est un vilain.

sonic a dit…

ce que j'aime par dessus tout dans ce texte, c'est "je comptais atteindre le montana avant la nuit". l'imagination à son paroxysme. j'adore :)

Chrysopale a dit…

Réflexion débile, mais bon, j'assume (et puis à force, suis sûre que t'as l'habitude...) : je lui conseille l'antigel la prochaine fois. Aucune viscosité, odeur et goût assez peu détectables, surtout à petites doses (à doses raisonnables pendant un certain temps, c'est super efficace), parfait quoi !
Et avec un peu de chance, vu que l'état se sera dégradé petit à petit, on ne soupçonnera même pas l'empoisonnement...

Lunatik a dit…

@ Sonic : ça me fait particulièrement plaisir que cette phrase là ait retenu ton attention.

@ Chryso : je prends bonne note !

sonic a dit…

:)
(ça me fait plaisir que ça te fasse plaisir, d'autant plus j'ai failli ne pas le voir...)

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