Ma dernière participation à un jeu d'écriture dont le thème était :
La Belle au bois Dormant va avoir 50 ans (maxi 3 300 signes)
Après avoir raccompagné mon odoriférante partenaire à son bocal, je partis me sustenter au buffet. Chemin faisant, je m’arrêtai pour me chauffer les mains devant un feu sur lequel tournoyait un chevreuil embroché. Blanche Neige et Bambi l’oignaient d’huile parfumée et d’épices. Je me fis la réflexion que certains n’avaient guère l’esprit de famille. Je songeai alors à ma fille et me demandai ce que je faisais là, si loin d’elle. Depuis que j’étais veuf et riche et libre et désirable, nous vivions retirés en notre demeure d’Ussé. Soudain, une grande lassitude m’accabla et je n’eus plus qu’une envie, qu’un souhait, qu’un désir : retrouver ma progéniture chérie.
Je m’excusai auprès de la Belle et la Bête, leur renouvelant tous mes vœux de bonheur, et rentrai aussitôt.
La chambre de ma fille restait éclairée toute la nuit. Je tirai les voiles du baldaquin et la regardai sommeiller paisiblement. Que d’heures avais-je passées ainsi, déjà… Je pris un pot d’onguent sur la table de chevet et appliquai la crème en touches délicates sur ses bras diaphanes. Puis je repoussai les couvertures et massai longuement ses pieds, ses chevilles, ses jambes engorgées, guettant la moindre réaction. Je poursuivis mon palper-rouler sur ses hanches saillantes, son ventre flaccide, sa poitrine menue. Puis je la tournai doucement sur le flanc, frictionnant le reste de son corps afin de prévenir les escarres. À mon grand désespoir, sa peau ne manquait pas de taler malgré mes soins et toutes mes précautions.Je la remis sur le dos et lissai son visage du bout des doigts, dans une tentative dérisoire d’effacer rides et cicatrices. Je déposai un baiser sur son front et me lovai sur le sofa près du lit, comme toujours depuis l’accident. Dors, mon enfant, Papa veille sur toi. Dors, mon Aurore, et au matin, enfin, reviens-moi. Je m’enveloppai dans la courtepointe et somnolai, bercé par le chuintement du respirateur artificiel, comme chaque nuit depuis trente cinq ans.
La Belle au bois Dormant va avoir 50 ans (maxi 3 300 signes)
Du pain, du vin, des jeux. Mais aussi du saumon, du champagne, des costumes, des pièces montées… C’était une fête grandiose, les présents s’empilaient aux pieds de la Belle rayonnante. Tout le monde dansait, gloussait et se bécotait sous les glycines. Moi, je dérivais dans les jardins en quête d’une bonne fée ou d’une princesse à sauver. J’arborais la panoplie chatoyante du gentil Roi qui cherche une jouvencelle à culbuter à l’arrière de son carrosse. Je n’étais pas plus prince que Mickey Mouse, néanmoins j’étais charmant et j’avais de beaux restes pour mon âge. De plus, le veuf a naturellement la cote, c’est une valeur sûre et recherchée, même (surtout) après avoir épuisé son quota standard d’épouses. Voyez Barbe Bleue. Personnellement, je n’en avais enterré qu’une seule et unique, et encore n’était-elle pas morte de ma main mais dans un stupide accident de la route, duquel seuls ma fille et moi avions réchappé. Si cela affadissait mon potentiel de séduction, cela me garantissait aussi une absolue tranquillité juridique.
Bref, les volontaires pour me consoler et réchauffer ma couche ne manquaient pas. Ce soir là, je jetai mon dévolu sur la petite Arielle dont l’inventivité me fit oublier son fumet de mérou. C’était la première fois que je me tapais une sirène. Je ne le regrettai pas.
Bref, les volontaires pour me consoler et réchauffer ma couche ne manquaient pas. Ce soir là, je jetai mon dévolu sur la petite Arielle dont l’inventivité me fit oublier son fumet de mérou. C’était la première fois que je me tapais une sirène. Je ne le regrettai pas.
Après avoir raccompagné mon odoriférante partenaire à son bocal, je partis me sustenter au buffet. Chemin faisant, je m’arrêtai pour me chauffer les mains devant un feu sur lequel tournoyait un chevreuil embroché. Blanche Neige et Bambi l’oignaient d’huile parfumée et d’épices. Je me fis la réflexion que certains n’avaient guère l’esprit de famille. Je songeai alors à ma fille et me demandai ce que je faisais là, si loin d’elle. Depuis que j’étais veuf et riche et libre et désirable, nous vivions retirés en notre demeure d’Ussé. Soudain, une grande lassitude m’accabla et je n’eus plus qu’une envie, qu’un souhait, qu’un désir : retrouver ma progéniture chérie.
Je m’excusai auprès de la Belle et la Bête, leur renouvelant tous mes vœux de bonheur, et rentrai aussitôt.
La chambre de ma fille restait éclairée toute la nuit. Je tirai les voiles du baldaquin et la regardai sommeiller paisiblement. Que d’heures avais-je passées ainsi, déjà… Je pris un pot d’onguent sur la table de chevet et appliquai la crème en touches délicates sur ses bras diaphanes. Puis je repoussai les couvertures et massai longuement ses pieds, ses chevilles, ses jambes engorgées, guettant la moindre réaction. Je poursuivis mon palper-rouler sur ses hanches saillantes, son ventre flaccide, sa poitrine menue. Puis je la tournai doucement sur le flanc, frictionnant le reste de son corps afin de prévenir les escarres. À mon grand désespoir, sa peau ne manquait pas de taler malgré mes soins et toutes mes précautions.

7 commentaires:
Je vois là un récit à la fois tendre, émouvant et poignant, mêlé comme souvent d'odeurs, très contemporain qui traduit bien les morsures cruelles et douloureuses de la vie.
Luna, ce texte est de très belle facture, ça valait le coup d'attendre.
Content qu'il ait fait mouche.
Il était grand temps que je me botte les fesses pour me remettre à écrire.
Avant que ce soit moi qui le fasse.
Mais on a un beau petit texte qui fleure bon le mérou et l'amour filial. C'est la fête ! Je veux dire, c'est triste, pardon.
En plus, le titre, il est trop bien pensé. On voit que ça bouillonne, sous les cornes.
Qu'on s'étonne pas après ça si j'ai le neurone en surchauffe.
Le titre me coute quasi autant d'énergie que le texte en lui même.
pour un tres tres beau resultat! aussi bien le titre que le texte!!
Le titre coûte peut-être beaucoup d'énergie, mais le résultat en vaut la peine ;)
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