Bestiau mal luné, je passe mes humeurs en racontant des histoires qui pataugent en eaux troubles entre dérision, tendresse et vénénosité. Ce blog est mon laboratoire, mon terrain de jeux, avec du bon et du pire. Le meilleur est dans TOUS CROCS DEHORS paru aux Editions Quadrature.

Une terrible beauté est née

Un micro texte écrit pour le concours Veduta Telerama. Consignes : 2011 signes pile poil et le titre de la nouvelle doit être : une terrible beauté est née.

Il y a du sang jusque sous la vasque. Des empreintes carminées égayent le tapis, les placards et le miroir, gentil miroir. Je suis la plus belle. Ma poitrine s'alourdit, mes hanches s'élargissent, je sens bouillonner dans mon ventre tous les possibles. J'ai faim encore, et toujours. Je lèche le sang sur mes doigts ; c'est le premier versé et j'y prends goût, déjà. C'est dans ma nature, c'est à la fois ma croix et ma chance ; j'ai les épaules pour ça. Je me sens enfin complète dans cet univers érubescent.

J'entends rôder derrière la porte.
En toute nudité, j'adopte une nouvelle posture devant la glace, cuisses ouvertes et poing fermé. Je traque dans mon reflet le nouveau moi. Cette nuit, tout a changé et je cherche les traces de cette révolution dans mon regard, sur ma peau, dans mes gestes. Je porte sur le visage des traînées sanguinolentes comme autant de peintures guerrières ; je les étale, je les applique à la manière d'un fond de teint sur mes pommettes. Le sang de vierge préservera éternellement cette beauté parfaite et juvénile. J'amorce un sourire à travers mon masque amarante ; il se fissure et se crevasse quand je murmure à mon image : « Mon nom est Bathory. Erzsébet Bathory. »

J'entends piétiner derrière la porte.
Je remets hâtivement de l'ordre dans la pièce. Je dois apprendre à procéder plus soigneusement. Améliorer le mouvement, qu'il devienne fluide et élégant. Maîtriser les accessoires. Perfectionner la technique. En attendant, j'efface mes traces, je passe l'éponge. Et je reprends la pose, ânonnant ce mantra : « Efficacité, concision : un geste franc et c'est bouclé. Efficacité, concision : un geste franc... »
On frappe. Je me statufie une jambe en l'air, l'objet du délit dans la main gauche. On insiste :
- Ma chérie ? Tout va bien ? Tu as besoin d'aide ?
Ou comment tout foutre en l'air en trois phrases. Boudeuse, je finis par répondre, dans un soupir excédé d'absolue mauvaise foi :
- Mais Maman ! T'es relou ! Sérieux, j'suis capable de mettre un tampon toute seule !



22 commentaires:

miyu a dit…

ah ben bravo!! il aurait sa place chez les &cow celui la non?!?!

Castor tillon a dit…

Je revendique également ce texte pour les & cow. Merci, Miyu.

Castor tillon a dit…

J'adore cette petite. Elle n'a pas l'expérience d'Erzsébet pour les transfixions (faut reconnaître qu'avec un tampon c'est pas facile), mais ça viendra.

Anonyme a dit…

Il fallait oser! Cela m'étonnerait que ce texte soit retenu pour un concours, malgré des qualités littéraires incontestables; il se permet de rire d'un sujet encore tabou, vous allez faire pousser des hauts cris à tous les constipés du territoire. Bonne continuation. Michelle.

Chloé a dit…

Veuillez ne pas déranger Luna ces jours-ci, il a du monde chez lui... Les Anglais ont débarqué!

Lunatik a dit…

@ Miyu & Castor : si personne ne nous pond un truc d'ici ce week end, je l'y collerai peut être, histoire de nourrir un peu le blog. Mais bon, ça fait carrément doublon...

@ Michelle : il s'est en effet et sans surprise lamentablement ramassé au concours. Et je confirme qu'il est loin de faire l'unanimité parmi les lecteurs...

@ Chloé : je préfère l'expression totalement abstraite et loufoque d'une amie de Chryso qui parle "d'avoir ses losanges" (je sais pas d'où elle sort ça, c'est assez mystérieux)

Castor tillon a dit…

Dans "Anglais" , il y a angles, et dans "losanges" aussi. C'est pour ça.

Chloé a dit…

Eh oui Castor Tillon, un coup on les as, un coup pas, puis ça revient pour s'en aller plus ou moins rapidement et enfin définitivement. Conclusion : Nous sommes toutes à géométrie variable !

Castor tillon a dit…

Au vu de ce petit texte qui ne contient pourtant ni mort violente, ni pornographie, ni horreurs d'aucune sorte, juste de l'humour, on se demande ce qu'ont lu auparavant les lecteurs de ce concours, à part "Boucle d'or et les trois ours".

Castor tillon a dit…

C'est comme ça qu'on dit, je crois : "les ours" ?

Lunatik a dit…

@ Castor : en même temps, 1 600 textes participaient à ce concours... pour seulement dix sélectionnés. Il y en avait certainement de meilleurs que le mien.
D'ailleurs, théoriquement, on devrait pouvoir tous les lire en ligne à partir du 7 décembre sur le site de la Biennale : http://www.biennaledelyon.com/

Castor tillon a dit…

Je ne parlais pas de la sélection, mais des critiques horrifiées.

Lunatik a dit…

Ah wouich. J'y pensais déjà plus, à celles là, dis donc (ça a du bon, parfois, d'avoir une mémoire de poisson rouge).

Chloé a dit…

Pourtant, le sang, c'est la vie ! Avec le recul, je pense qu'en ayant nos règles tous les mois, Dame Nature a commis une légère erreur de calcul ... C'est quand-même un rendez-vous manqué pour transmettre la vie.

Chloé a dit…

* PS Luna, j'ai oublié de te dire que le nouveau bandeau de ton blog est superbe. Si il existe un "paradis pour les vaches", celle qui y figure ressemble à une madone. Au niveau émotionnel, elle est magnifique.

Castor tillon a dit…

Je plussoie Chloé. Si Léonard de Vinci l'avait rencontrée avant Mona Lisa, le Louvre connaîtrait actuellement des problèmes de sécurité insolubles.

Lunatik a dit…

J'ai eu le coup de foudre absolu pour cette vache au premier regard, suis content qu'elle vous plaise.

Je l'ai empruntée à un certain MarcusAurelius, dont vous pouvez visiter la galerie en cliquant sur le lien à son nom dans ma page de présentation (Lunatik et alors ?)

The Sweetest Taboo... a dit…

Pour les frenchies, l'angliche est l'ennemi héréditaire... Les anglais ont débarqués, non pas en juin 1944, mais en 1815 alors que Napoleon Buonapart s'était pris une déculottée mémorable à Waterloo. Les anglais débarquèrent donc dans notre beau royaume de France et de Navarre et l'occupèrent, les vilains ! Accessoirement, ces troupes anglaises étaient habillées d'uniformes rouges. Le parler des quartiers populaires parisiens fit le reste et donna alors un surnom imagé à ce qui n'avait pas vraiment de nom...

Mais en vérité et bien que l'on soit fin 2011, est-ce que celà a vraiment changé ??? Ce n'est vraiment mon sentiment, on ne peut que constater que ce tabou implicite perdure encore à notre époque. Il est pourtant évident que rien, absolument rien de ce qui vient du corps ne peut être « impur » et encore moins « sale » ... Bien qu'étant assez au fait des mécanismes humains et d'un point de vue d'homme, ce que j'ai la prétention d'être (!), la période menstruelle restera jusqu'à la fin des temps auréolée d'une sorte de mystère... Tout ça me fait penser à ma grand-mère, qui n'osait faire la mayonnaise en présence d'une femme qui les avait, ça va surement pas monter, disait-elle. Ma mère disait toujours cette même phrase, tout en montant la mayo en souriant ! Un des trucs les plus fendants que j'ai entendu est que les filles rousses ont été conçues pendant les règles de leur génitrice ! Comme l'a dit le philosophe Ernest Renan, la connerie humaine est la seule chose qui donne une idée de l'infini !!

On peut également écraser les tomates et, comme disait Sylvie Joly, faire du rata, mais il ne faut surtout pas regarder les abeilles, et encore moins toucher leur ruche, ça fait tourner le miel ! Mais les règles ne sont qu'une façon très féminine de renouveler un tissu et les croyances liées aux menstruations sont innombrables, particulièrement dans dans les sociétés traditionnelles. Des sociétés qui ne sont pas si lointaines que ça, certaines écritures « saintes » des religions monothéistes - et des autres - ne suggèrent-elles des montagnes d'interdits sur ce sujet... Des interdits qui prennent la forme de : « Tenez-vous à l'écart des femmes pendant les menstrues » , « Si les menstrues arrivent, renonce à la prière ». En l'an 2000 (plus 11), tout celà n'est pas digne de sociétés civilisées...

Malheureusement, les religions, qu'elles soient monothéistes, ou pas, ne brillent guère par leur immense ouverture d'esprit et me semblent incompatibles avec bien des choses. Mais bon, j'arrête-là mon discours païen, sinon y'en a qui vont crier haro sur le blasphémateur. D'autant qu'après l'incendie de Charlie Hebdo, vaut mieux surveiller ses arrières ! Il faut croire que le rire est un sacrilège blasphématoire pour les bigots de toutes les chapelles...

À miss Chloé / Nicole et à propos du triple A, on t'a lu et entendu amie. Je crois bien que tu nous avais déjà dit tout ça, mais ça fait toujours autant de bien de l'entendre, comme il est aussi vrai que ça fait toujours autant de bien de le dire... Au fait miss, le chant des baleines est bien plus mythique et bien plus réel que celui des sirènes. Sur cette nature que l'évolution à mis des millénaires à construire, la frénésie consommatrice humaine ne devrait guère mettre plus de quelques dizaines d'années pour la détruire... Et ce n'est pas que de la faute des autres, toi et moi sommes aussi responsables de ça.

Une dernière petite phrase pour celui qui ne travaille ni avec les mains, ni avec les pieds - j'aime assez être un sacripant, je n'ai jamais eu vocation d'être un sacristain !

Ah oui, j'oubliais l'humeur subsidiaire ... j'aime les chocolats, mais j'aime pas Noël !!

The Sweetest Taboo, c'est Helen Folasade Adu, la sensuelle et divine venue du Nigeria, qui nous susurre son feeling teinté de funk >>> http://www.youtube.com/watch?v=jRFmnAw1siY

Castor tillon a dit…

C'est menstrueux !
En effet, les religions ont été pensées comme garde-fou à l'intention des assassins, hypocrites et autres prévaricateurs - tu ne tueras point, etc - mais quelque chose me dit qu'elles ont manqué le but.

Chloé a dit…

Finou, ça ne me pose aucun problème, je serai ravie de te souhaiter le moment venu un "Joyeux LINDT". Bien à toi.

Chrysopale a dit…

Finn : pas lu, trop long, j'espère que tu me pardonneras...

Luna : je n'ai absolument aucune idée d'où mon amie sort cette expression (j'ai arrêté d'essayer de la comprendre depuis longtemps faut dire)

Et pour les critiques horrifiées, y a vraiment pas de quoi (comme y a vraiment pas de quoi aller en +18, ça fait longtemps que je voulais te le dire). Nan, mais on a des amish parmi nous? Même moi je suis pas aussi prude...

Castor tillon a dit…

C'est joli, "les losanges". Moi j'aime bien. Mes nièces disent : "aujourd'hui, je suis une fille".

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